Si le cours Landrivon pouvait parler
« Je t'attends au carré », combien de fois ai-je entendu ces mots de la bouche des jeunes gens qui s'invitaient ainsi à flirter, au bout du cours Landrivon, près du pylone carré ? ». Celui qui parle ainsi, c'est le cours Landrivon lui-même. Est-ce une galéjade ? À peine, car si le cours pouvait vraiment parler, il faudrait évidemment plus d'un livre pour qu'il puisse nous livrer tous ses souvenirs.
En face le « Commerce » j'avais la Fontaine. Elle était très renommée. Les forains étaient ses amis, ils menaient les bêtes, pour les faire boire. Elle était belle, en granit. En fait, j'étais beaucoup fréquenté, j'abritais le bar de la Paix, le Central Bar, le Commerce, le cinéma de la Bourse (aujourd'hui la Grande Bleue). J'étais très animé, j'étais le véritable lieu de rendez-vous de tout Port de Bouc, son coeur historique ». Mais ce que veut surtout nous raconter le cours Landrivon, ce sont quelques anecdotes sur les plus grands événements qui ont jalonné l'histoire de notre ville. Alors, il se rappelle et même, dit-il, « si les événements étaient graves et parfois très sérieux, ce n'est pas la tristesse qui domine mais surtout une grande affection. Que voulez-vous, ils viennent et sont tous venus me voir, quand ils étaient bébés, enfants, jeunes et adultes, je les ai vu grandir et je les aime tous, mes Port de Boucains ».
1936
Il se souvient alors d'une sortie des chantiers, « en 1932, je crois, c'était une grande grève des dockers, les gardes-mobiles ont chargé, il y a eu des blessés. L'arrestation des dockers s'est faite chez moi, sur le cours. Clément Mille, lui, a été arrêté devant le magasin général. Puis il y a les événements de 1934 avec les rassemblements contre le fascisme, les grandes grèves et manifestations du mois de février. « Les jeunes communistes s'étaient mobilisés en grand nombre pour empêcher la tenue d'une réunion des « Croix de feu » au cinéma de la Bourse. Clément Mille est allé voir les responsables de la gendarmerie, il y a eu quelques bousculades, la réunion n'a pu avoir lieu. Et j'étais très heureux, tous les jeunes étaient là, une véritable foule et des tonnerres d'applaudissements quand mon jeune ami, Armand Peynichou prit la parole ».
Mais l'événement vraiment marquant de cette période, c'est encore en 1936 au moment des accords sociaux. Les chantiers et les usines étaient occupés. « Je recevais les métallos, une grande foule s'étendait devant la mairie. Tout le monde attendait. Une certaine solennité régnait partout. Dans la mairie étaient réunis les syndicats, la direction des chantiers et Marcel Gaussorgues le Maire. C'est ce jour-là que furent signés les accords et les conventions collectives locales qui firent des chantiers un secteur en avance sur le plan social. La joie éclatait, j'étais en fête, c'était historique ».














