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Le Port

Un port qui tarde à s'équiper

Au XVe siècle, après le départ de la cour pontificale pour Rome, l’activité commerciale de Bouc décline. Une situation aggravée par la configuration du site : le rocher Foucard au milieu de la passe qui provoque de nombreux naufrages ; des profondeurs d’eau très inégales ; l’absence de quais accostables.

S'il reste un port apprécié des pêcheurs locaux et des navigateurs surpris par le mauvais temps, (malgré l’absence de phare jusqu’en 1745), les plaintes se multiplient pour que soient entrepris l’entretien, le curage et l’amélioration du port, comme en témoignent les doléances formulées par le Tiers État de la ville de Martigues à l’occasion des États généraux du 1er mai 1789. La visite de Bonaparte au fort de Bouc en 1794 conduira à la réalisation capitale de deux ouvrages achevés cependant bien tardivement :

- la jetée de La Lèque, édifiée de 1812 à 1833, longue de 450 mètres qui rétrécit la passe et sécurise le port.
- le canal d’Arles à Bouc, commencé en 1802 et achevé en 1834, après de nombreuses interruptions.

Ces nouveaux atouts auxquels s’ajoutent le creusement du canal maritime de Caronte puis la construction du canal de Marseille au Rhône via le tunnel du Rove vont favoriser l’industrialisation du site.

La loi du 24 octobre 1919 qui permet un programme d’aménagement du port de Port de Bouc et des étangs de Caronte et de Berre se traduit par une augmentation du trafic. Dans les années 1980, le projet Port Renaissance conduit à la création d’un port de plaisance et de pêche en lieu et place des chantiers navals fermés depuis 1966 et à la
requalification de l’anse Aubran.

Le port de pêche

Le milieu professionnel des pêcheurs de la Méditerranée se singularise par l’attachement à une organisation corporative très ancienne, la Prud’homie de pêche. Celle du quartier maritime de Martigues, dont fait partie Port de Bouc, date de 1791.

Depuis toujours des pêcheries florissantes, les bourdigues, s’étaient implantées dans le Chenal de Caronte. Leur disparition, vers 1908, laissera la place aux seuls calens, en voie de disparition aujourd’hui.
En 1866, année de sa création, la commune de Port de Bouc accueille déjà une flotte importante de tartanes de pêche à voile. La pêche est si fructueuse que le golfe du Lion est qualifié de « paradis des poissons ».
En 1927, la dernière tartane cède la place aux bettes marines puis aux modestes barquets à rames.
Le poisson débarqué à l’anse des Fourmis est transporté aussitôt par brouettes et vendu par les épouses des pêcheurs au marché du canal ou de La Lèque.
À la fin de la seconde guerre mondiale, bettes et barquets sont supplantées par des pointus marseillais puis par des chalutiers en bois. Ces derniers accostent le long des quais du canal mais souffrent de l’absence d’équipements adaptés, ce qui conduit au déclin progressif de cette activité.

Ainsi, dans les années 1960, avant l’arrivée de patrons pêcheurs rapatriés d’Afrique du Nord, l’activité de la pêche est réduite aux petits métiers et à quelques chalutiers. La décision des pouvoirs publics d’aménager le canal d’Arles à Bouc et le développement de la flottille du quartier maritime de Martigues coïncident avec la volonté municipale de relancer la filière pêche ainsi que l’économie locale.

Cette volonté se concrétise par :
- la création du premier port de pêche en 1985 et de la Criée aux poissons en 1988, malheureusement contrainte d'être fermée aujourd'hui.
- l’aménagement d’un second port de pêche à l’anse Aubran, favorisant le développement de la Coopérative des pêcheurs de Martigues, la Copemart, spécialisée dans la pêche, le traitement et la commercialisation du poisson bleu (sardines et anchois).

Autant de réalisations qui faisaient de Port de Bouc le premier port de pêche de la région Provence Alpes Côte d’Azur, le premier port de Méditerranée pour le poisson bleu et qui ont encouragé le développement d’activités liées à la transformation des produits de la mer (entreprises Falcone, les pêcheurs de Carro, la Chalutière, Saveurs des calanques, Lou Mujou...) ou à la réparation et maintenance de bateaux de pêche.

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Le Calen

Situé au niveau du chenal de Caronte, un filet est tendu d’une rive à l’autre, on l’appelle le Calen. Grâce à lui on pêche le muge, en utilisant des techniques ancestrales. La barque glisse lentement, le pêcheur remonte le filet, où le poutarguier est capturé. Les oeufs des muges sont alors extraits, puis dénervés, aplatis, séchés… un travail d’orfèvre, pour savourer ce précieux trésor, également appelé le caviar provençal. Cette activité tend aujourd’hui à disparaître et le calen de Port de Bouc est un des rares encore en activité.

Le tertiaire maritime

La situation géographique de Port de Bouc et l’augmentation du trafic dans les bassins ouest du Port Autonome de Marseille ont favorisé l’implantation de nombreux services maritimes et portuaires sur son territoire.

En effet, après s’être développé au nord, le port de Marseille s’étend vers l’ouest, au-delà des limites de la ville. Le mouvement s’amorce avec la loi du 24 octobre 1919 qui se traduit par l’annexion de nouveaux territoires et l’aménagement progressif, pour la grande navigation maritime, de Port de Bouc, des étangs de Caronte et de Berre. Ces travaux, poursuivis après la création du Port Autonome de Marseille en 1966, favorisent l’implantation d’activités industrielles nouvelles : ce sont les gros pétroliers qu’il faut désormais accueillir. Qu’ils aillent accoster à Fos ou à Lavéra, tous les navires passent ou stationnent en rade de Port de Bouc dont les services portuaires et maritimes, publics ou privés, n’ont cessé de se développer au fil du temps.

Qu’ils soient agents maritimes, remorqueurs, lamaneurs, marins pompiers, pilotes, officiers de port, avitailleurs, douaniers, plongeurs, dockers… les opérateurs de la filière du transport maritime sont nombreux.

Très différents par leurs activités, tous ont en commun d’être tournés vers le service, au bénéfice du navire et de la marchandise et tous sont condamnés à collaborer pour assurer la qualité du service rendu par la filière portuaire.

Mais que serait le transport maritime sans ces marins du monde entier accueillis par le foyer des marins depuis plus de 20 ans, le temps d’une escale?

La tour vigie culmine à 23m de haut

Un port industriel

À partir du XIXe siècle, l’aménagement progressif du port va favoriser l’industrialisation du territoire et de ses environs.

Au XIXe siècle, est apparue une série d’industries qui marque véritablement l’occupation du site. Malgré leur diversité, elles présentent un point commun: elles transforment toutes une matière première d’origine extérieure à la région en produits destinés à être réexpédiés et utilisés ailleurs.

C’est le cas pour la morue à la Sécherie de morue, le charbon des Agglomérés, les minerais de l’usine à plomb, le pétrole lampant de la Phocéenne qui arrivent par voie
maritime ou par le canal d’Arles à Bouc.

C’est aussi le cas pour les bois destinés aux premiers chantiers de construction navale qui coexisteront ou se succéderont, tels ceux de Paul André ou ceux des frères Pastré, avant la construction de navires en fer dans les Chantiers et Ateliers de Provence.

Avec l’invention de la locomotive à vapeur, les industriels adoptent le transport ferroviaire proposé par le PLM et les quais maritimes sont raccordés aux voies de chemins de fer.

La création d’un port maritime, à Caronte en 1927, donne naissance à l’Établissement Maritime de Caronte qui utilise les services du BCMO (centre de gestion des dockers) pour renforcer ses effectifs en personnel de manutention.

L’installation des usines chimiques Saint-Gobain en 1915, Kuhlmann en 1916, puis Vieille montagne en 1920 marque le début de la décentralisation des activités du port de Marseille.

Après la première guerre mondiale, la décentralisation des activités industrielles se poursuit avec l’installation, à Caronte, en 1923, de l’usine Verminck qui traite les oléagineux venus d’Afrique pour en faire de l’huile et du savon.

L’industrialisation croissante du site se traduit aussi par le développement de mouvements sociaux et par la création de nombreuses cités ouvrières qui modifient l’urbanisme local et favorisent l’enracinement d’une population multiculturelle.

Parallèlement à ce développement, la Société Générale des huiles de pétrole qui deviendra BP, s’installe à Lavéra qui devient un grand port pétrolier autour duquel s’installeront Naphtachimie et Atochem devenue Arkema.

Puis dans les années 1960-1970, la Chambre d’Industrie et de Commerce de Marseille, relayée par le Port Autonome de Marseille, entreprend, à Fos sur Mer, le creusement d’un nouveau port.

Le complexe de Fos démarre en 1971 avec l’ouverture des chantiers de Solmer devenu Sollac, faisant de l’agglomération un grand complexe pétrochimique et sidérurgique. Une industrialisation qui n’est pas sans poser des problèmes de nuisances et de pollution, alors que les projets de développement portuaires se poursuivent (2Xl, 3XL…).

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Un port d'attache

Alors qu’en 1866, le village, constitué par deux quartiers, la Lèque et le Canal, abrite 1379 habitants, pour l’essentiel des pêcheurs, des marins navigants et des journaliers, l’industrialisation progressive du site et de ses environs attire à Port de Bouc une main-d’oeuvre étrangère nombreuse.

Aux Italiens et aux Espagnols se joignent Grecs, Arméniens, Maltais, puis Nord-africains… qui trouvent là leur port d’attache et contribuent à donner à Port de Bouc le visage d’une ville cosmopolite où les occasions de se retrouver, après le travail et avec la mer en toile de fond, se sont multipliées depuis l’aménagement du Port Renaissance à la fin des années 1970.

Aux fêtes organisées à l’occasion des lancements de bateaux et à celles proposées par la Société nautique depuis 1920, il faut ajouter la traditionnelle fête des gens de la mer et les sardinades organisées par Promomer qui sont devenues une véritable institution!

Toutes ces initiatives, sans oublier celles organisées par l’Office de Tourisme, comme « les nautiques », par l’école municipale de voile ou les Francs jouteurs font de Port de Bouc une ville où il fait bon vivre ensemble, les pieds dans l’eau, de la plage de Fromage à celle de la Lèque, ou aux terrasses du port.

Pour plus d'informations, consultez le journal d'exposition "Les énergies de la mer" réalisé pour les Journées du Patrimoine 2007, disponible en téléchargement ci-dessous :