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Mémoire en partage
Histoires de vie

Costa

photo de famille

Je me rappelle qu'à l'âge de 5 ans, j'allais à « l'Ecole des Combattants », dans le quartier du même nom où mes parents habitaient, je me retrouvais au milieu d'autres gamins d'origines multiples : Grecs bien sûr, mais aussi Espagnols, Italiens, Maghrébins, Gitans... Je pense à Regueghi (Kaki), à Gérez (Ico), Donati (Gibe), Cortes (Juan), et Kuentz (Jo), avec ses parents il habitait dans une roulotte sur un terrain vague, et il est maintenant à la tête d'une grosse entreprise fabriquant des portails dans toute la France et l'Europe...

Je me souviens que nous étions une majorité dont les parents avaient du mal à finir le mois, mais cela ne les empêchait pas de se réunir de temps en temps et de fêter Pâques grecques, fin de ramadan ou le baptême du dernier né d'un des voisins... Le travail commun des pères aux « Chantiers Navals » favorisait cette facilité à se réunir, à partager, à accepter l'autre et ses différences...

Sur le chantier, ils se voyaient tous les jours, à « l'Embauche », toute la journée de travail, et quand ils « finissaient », sur le chemin de la maison, chacun à tour de rôle, invitait les autres à venir fêter quelque chose ou quelqu'un...

J'attendais mon père à la sortie des « Chantiers », et nous revenions ensemble avec Nino, Ali, Gino, Skevos, Emile, souvent entre eux ils s'appelaient « grec, rital ou moricaud », mais c'était plus un surnom d'amitié que pour marquer une différence entre eux, c'étaient tous des pères de familles qui bossaient pour nourrir leur famille...

À l'école, c'était un peu pareil, on était des élèves et on bossait pour ne pas être obligés d'aller aux « Chantiers », c'est du moins ce que les parents nous répétaient... Et comme les pères, on s'appelait par nos surnoms, on continue toujours à s'appeler ainsi.

Dans notre ville, je crois que les gens de mon âge, en général, ne connaissent pas le racisme qui ronge la France. Grâce à cette période scolaire avec nos difficultés communes, nous avons vécu une véritable enfance faite du partage des joies et des peines. Hélas, de nos jours, les jeunes sont « formatés » pour que l'individualité prenne le dessus sur l'amitié et la solidarité...

Chaque fois que je pense à cette enfance que j'ai passée ici, dans cette ville de Port de Bouc, il me vient cette sensation d'avoir été favorisé, cette ville a une particularité, on s'y sent « Port de Boucain » envers et contre tous, surtout envers les gens d' ici... qu'ils soient de n'importe quelle origine, ils ont vécu à Port de Bouc !

Je sais que certains diront : « À Port de Bouc, ils sont spéciaux, si t'es pas d'ici, ils te calculent même pas! », disons qu'on se comprend plus facilement entre nous. J'avais un copain venu de Normandie qui disait :
« Ici, vous avez une langue à part ! ».

Il est vrai que le « parlé » port de boucain possède certains mots qu'on ne retrouve nulle part ailleurs, même pas à Marseille. Chez nous on ne dit pas :

« C'est tout mélangé ! », on dit « C'est le caffoutchi ! »
« Les figues sont toutes écrasées », on dit « Les figues sont esquichées ! »
« J'en ai marre », on dit « j'en ai plein les bassachettis ! »
« Eh bien, il m'a bien nourri ! » on dit « Fan de chichoune, y  m'a cassé le
ventre ! »
« C'est plein d'enfants », on dit « C'est cafi de moussi »
« Il m'a craché dessus ! », on dit « Y m'a mollardé ! »
« Cet étourdi ne sait pas s'habiller ! », on dit « On dirait une estrasse cet
ensuqué ! »

Et bien d'autres mots et expressions propres à cette population bigarrée, joviale et pleine de chaleur méditerranéenne.

C'est comme pour la façon d'exister en communauté avec d'autres cultures, religions, sans la « notice du savoir vivre », pas facile de savoir ce qu'il ne faut pas dire ou faire pour ne pas vexer ou choquer l'autre, là aussi les parents qui travaillent et vivent à côté les uns des autres apprennent aux enfants ce qu'ils se sont appris entre eux.

Lorsque l'on allait chez des voisins algériens, mon père me disait : « Surtout, ne rit pas si à la fin du repas, je rote devant tout le monde, c'est pour leur faire plaisir en montrant que j'ai bien mangé ». Chez les voisins corses, ma mère savait qu'elle mangerait avec les autres femmes et les enfants à la cuisine, la coutume voulant que les hommes mangent entre eux et ne discutent pas devant elles... Mais chacun savait cela et faisait avec, même si après on en riait un peu à la maison, discrètement...

Les coutumes, elles se voyaient surtout aux cérémonies, baptêmes, mariages... Et l'habitude était qu'à la fin de la cérémonie, de retour à la maison, on invite les voisins et amis à venir boire et festoyer. C'est ce que j'aimais le plus, chacun y allait de son anecdote, de sa blague ou du rappel d'une journée particulière... C'était pour les enfants l'occasion de pouvoir se coucher plus tard que d'habitude et d'écouter rire les parents de choses qu'on ne leur aurait pas laissé entendre en temps normal.

Je me souviens qu'au lendemain d'un mariage, les parents avaient mis à la fenêtre la chemise de nuit de la jeune mariée, pour que tout le monde voit le linge souillé comme preuve de sa virginité... Et je me souviens aussi que mon père avait dit à notre voisin qui était boucher : « Il n'y aura pas beaucoup de sang dans le civet du lapin que tu leur as vendu hier...!! ». Comme quoi, les coutumes sont surtout ce que nous en faisons...