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LAURENT BELSOLA INTERPELLE LE DIRECTEUR DE CARREFOUR FRANCE

LAURENT BELSOLA INTERPELLE LE DIRECTEUR DE CARREFOUR FRANCE

Article publié le

"Monsieur le Directeur,

Votre groupe Carrefour a annoncé la mise en location-gérance sous deux mois de 47 magasins dont 10 hypermarchés, parmi lesquels celui de notre ville à Port-de-Bouc. Cette annonce dramatique parue dans les médias et n’ayant inclus aucun corps syndical dans le débat m’apparaît comme une profonde injustice.

Derrière le terme « location-gérance », d’apparence informatif se cache, comme souvent dans ce monde financiarisé qui est le vôtre, une atteinte profonde au droit du travail et aux conquis sociaux.

« Agilité », « libre-échange », « réajustement », « croissance positive », « accompagnement social », « location-gérance » ce verbiage, serviteur masqué de l’intérêt et de la rentabilité des actionnaires et de leurs niches fiscales, trouve une toute autre résonance dans le quotidien de ces Françaises et ces Français, de ces Port de Boucaines et Port de Boucains, qui multiplient sans relâche les heures de travail et de service à la population en cette période de crise sanitaire.

Tandis que nous les applaudissons, vous les amenuisez.

Pour vous, il s’agit d’un simple plan de location-gérance, un simple changement de patronat, d’une simple transaction. Pour les travailleurs, c’est une perte dramatique en termes de rémunération, et d’acquis professionnels gagnés dans les rayons à la sueur de leur front.

Pour vous, il s’agit de relance et « d’un esprit plus entrepreneurial ». Pour les salariés, c’est une descente aux enfers à chaque fin de mois et une récession du droit du travail.

Pour vous, il s’agit de quelques points supplémentaires en bourse. Pour les travailleurs, c’est entre 844 et 2000 euros de perte sèche cumulée sur 365 jours.

Les notions de quotidien, de proximité et d’empathie vous échappent Monsieur le Directeur. J’en veux pour preuve la création il y a trois ans déjà sur notre commune d’un Carrefour dit de « contact » mais qui n’en porte que le nom puisque ce dernier est fermé depuis 3 ans. A peine rénové, il fait partie d’un plan de fermeture de 220 magasins en France. Aussi votre groupe a déboursé chaque année 180 000 euros pour louer des locaux vides : vides de personnels, de publics et de sens. C’est indécent et inacceptable.

Mais comment pourriez-vous éprouver les difficultés à vivre des Français.e.s lorsque vous ne cherchez qu’à répondre aux exigences du profit immédiat de vos actionnaires et de la mondialisation ?

D’un côté, vous percevez, (comme de nombreuses autres entreprises françaises présentant un intérêt général pour notre population) les aides étatiques, notamment le CICE (150 millions d’euros), destinées à développer le recrutement et l’emploi sur l’ensemble du territoire, de l’autre vous les dilapidez au mépris du personnel, assimilé à de la marchandise. Ces aides s’échouent au pied des Françaises et des Français sous forme de contrats partiels, de contrats précaires et de licenciements.

Aussi, je suis sûr que vous comprendrez, qu’en tant que premier magistrat, premier témoin du quotidien de nos administrés et premier représentant de notre ville ouvrière, je me range en ordre de bataille aux côtés du personnel en lutte contre vos décisions.

Conserver leurs acquis, respecter les salariés devrait être votre priorité. Elle démontrerait qu’un grand groupe peut s’éloigner du profit immédiat et avoir une politique sociale. La population vous en serez reconnaissante.

Dans l’attente d’une réponse que je souhaite bienveillante à l’égard des salariés, je vous prie d’agréer mes sincères salutations".

Laurent Belsola,

Maire de Port de Bouc