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INAUGURATIONS DU QUAI SANTORU ET DE LA PLACE IGONET

INAUGURATIONS DU QUAI SANTORU ET DE LA PLACE IGONET

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Beaucoup d'émotion en ce matin du 18 septembre pour dénommer des espaces urbains de Port de Bouc, et plus exactement un quai et une place, au nom de trois personnes qui ont marqué de leur humanité, de leur engagement, de leur intelligence et de leur bienveillance fraternelle l'histoire de toute la Ville.
Qu'il nous soit permis de rajouter le mot de Gentillesse, avec un grand G, car c'est aussi à cela que l'on reconnait les grands personnages. Merci à Annie et Pierre Santoru dont le quai du port Renaissance porte désormais le nom, Merci au docteur Gilbert Igonet, dont la place de Respélido porte désormais le nom pour leur humanisme, leur passion des gens et de la ville.
Ci-dessous, le discours prononcé par Monsieur Laurent Belsola, maire de la commune pour rendre hommage à Annie et Pierre Santoru. Puis Monsieur le maire a laissé la parole à Madame Magali Giorgetti, conseillère départementale, pour rendre hommage à Gilbert Igonet, qui était un proche de sa famille.


ALLOCUTION HOMMAGE DE MONSIEUR LAURENT BELSOLA, MAIRE DE PORT DE BOUC


Mesdames et Messieurs, chers amis
Dans notre ville, instinctivement la mémoire nous donne rendez – vous sur un quai. Pour mille et une raisons, pour la mer bien sûr, mais surtout pour l’histoire de ces hommes et de ces femmes qui sont arrivés des quatre coins du monde ou des quatre coins de France pour construire des bateaux, pour bâtir une commune.
C’est l’histoire d’Annie et de Pierre Santoru, deux amoureux qui se rencontrent sur le chemin des migrations.
Annie est née à st Dié dans les Vosges. Son père conducteur de travaux était employé pour construire des ponts, des barrages… Au début du siècle dernier il vient participer à la construction du Pont de Caronte. Pierre est né à Bonifacio, alors que ses parents arrivent de Sardaigne et prennent rapidement la direction de Port de Bouc, là où les grands patrons ont besoin de main d’œuvre pour attiser les énergies de la mer.
Port de Bouc devient leur port d’attache amoureux, leur port d’Attache militant.
Là ils construisirent une famille de quatre enfants prénommés Francis, Jacques, Yvelije se, Geneviève.
Ici, ils alimentèrent d’idées progressistes une commune qualifiée de Rebelle.
La culture ouvrière implique la lutte et appelle la Résistance.
C’est l’itinéraire adopté par Pierre, dès lors qu’il entre au chantier naval, en 1936.
Il a 16 ans, c’est le Front populaire et il devient le secrétaire d’un cercle de la Jeunesse communiste et adhère au parti communiste. Deux ans plus tard, suite à la grève pour les salaires, il est licencié.
1939, le nazisme est aux portes de la France, il a 19 ans. Comme une évidence, il s’invite dans la résistance. Le gouvernement de Vichy n’attend pas pour le faire interner dès 1940 et le déchoir de la nationalité française. Lui, ses parents et sa fratrie.
Durant toutes ces années de guerres, les rêves d’une autre société germent et se concrétisent à la Libération par la mise en œuvre du programme du conseil national de la Résistance. Annie et Pierre en sont.
Annie est communiste et membre de l’Union des Femmes Françaises, adepte des idées novatrices, des idées d’égalité, des idées d’émancipation…
À la Libération, elle sera élue adjointe au maire, sur la liste du Parti communiste français conduite par René Rieubon. Les femmes n’ont ni le droit de vote, ni le droit d’être élue… mais qu’importe. Le besoin d’égalité est plus fort que la loi. Elle est la première femme dans un conseil municipal.
Ces mêmes valeurs de paix, d’égalité, de fraternité et de sororité guident Pierre.
Quelques années plus tard en 1965, il est adjoint à la culture.
Et la culture restera une des plus belles aventures de sa vie.
Pas la culture élitiste, la culture pour toutes et tous, l’éducation populaire dans les intentions et dans les actes.
Cette soif réunit les ouvriers dans la moindre épopée citoyenne. La lutte devient culture et s’empare des services du Théâtre, du cinéma, de la musique, de l’écriture, de la peinture… Pierre fait partie de celles et ceux qui inventent, qui démocratisent, qui créent le théâtre le Sémaphore, la Médiathèque Boris Vian, le Centre culturel et social Elsa Triolet aux activités multiples : CCS Cinéma, CCS philatélie, CCS Théâtre, CCS Photo avec son frère, CCS plongée… et bien sûr la peinture et plus largement les arts plastiques…
Dans l’ancienne demeure patronale de st Gobain, le monde ouvrier foisonne, s’accomplit artiste.
« Les lendemains qui chantent », « les beaux jours » se conjuguent dans l’atelier de tous les possibles.
Autour de Pierre, il y a, notamment, le jeune Françis Olive, Bellet, Baud , Ambrogiani, Briata, Serrat, puis Maurice Fanciello… les plus grands peintres de la région débutent ici avant d’acquérir leur renommée internationale.
C’est ainsi que, fier d’ouvrir les portes de la ville à toute la Provence et bien plus, Pierre créa le salon méditerranéen des Arts plastiques, un des plus important de l’époque.
Faire rayonner sa ville, c’est aussi penser un lieu populaire ouvert au monde entier, un lieu où la fraternité nourrit la bonne humeur… C’est ainsi qu’en 1988, lors d’un concours de pêche de la Nautique, avec ses compères, il invente les Sardinades. Un concept « souvent imité mais jamais égalé », que je ne vous ferais pas l’offense de vous présenter.
Et si Annie s’est faite plus discrète dans la vie publique, tout le monde sait que son influence est irremplaçable dans les orientations politiques et culturelles de Pierre, dans cette bataille pour un monde meilleur où la culture et les loisirs servent le bien -être quotidien. Les deux amoureux ne font qu’un et marchent du même pas sur le même quai.
Ce quai porte désormais leur nom. Ni l’un, ni l’autre n’aimait que l’on parle d’eux. Ils préféraient mettre les autres à l’honneur. Mais il nous était impossible de ne pas penser à eux pour qualifier un espace urbain. Merci à la commission des noms de rue de l’avoir fait. Merci de nous avoir permis de retracer des tranches de vie, bien incomplètes, d’Annie et de Pierre.
Les riverains de ce quartier nous ont fait part de leurs difficultés à recevoir du courrier, faute d’une adresse mal définie. Gageons que cela s’améliore.
Gageons surtout, qu’aux lettres de factures et de relance, le facteur ou la factrice puisse ne distribuer que des lettres d’amour, des lettres bienveillantes à l’image du couple Annie et Pierre Santoru.
Je vous remercie de votre attention.
J’invite ses enfants à venir dévoiler la plaque à leurs noms.


ALLOCUTION HOMMAGE DE MAGALI GIORGETTI, CONSEILLÈRE DÉPARTEMENTALE , ADJOINTE AU MAIRE


Mesdames et Messieurs,
Chers Amis
En ville, une place, quelques fleurs, des commerces, un banc et tout devient possible à qui aime les rencontres.
Des enfants qui jouent, des grands qui vont faire les courses, des personnes âgées qui se reposent, c’est déjà le début d’une tranche de vie inoubliable.
Une place, un espace urbain occasionne des amitiés, rassemble des amis et libère les paroles. On y refait le monde ou on y prend des nouvelles des uns et des autres.
« Refaire le monde et prendre des nouvelles, » deux pratiques chères à Gilbert Igonet, au docteur Igonet.
Quand on naît fils de cheminot dans le sillon de la seconde guerre mondiale et qu’on grandit avec des rêves de médecine, on affronte une réalité bien difficile où le prix des études n’a pas le même poids selon que l’on soit d’une classe sociale ou de l’autre.
Oui, « quand on est fils de personne », comme le soulignait le docteur Igonet, il faut s’armer de courage et de forces pour gagner le droit de s’instruire, le droit d’enfoncer des portes, le droit de s’émanciper.
Ainsi, Gilbert a fait preuve d’énergie, d’abnégation et de caractère pour s’autoriser à dépasser sa classe sociale sans la renier, mieux encore ; pour continuer à en faire partie, pour rester des « leurs », « des nôtres » pour conserver un statut de salarié à part entière.
Ainsi, il a dû conjuguer études et militantisme pour penser le monde autrement et intervenir efficacement. Gilbert est tout jeune et considère déjà que soigner la société et soigner les hommes ne font qu’un. Le mouvement mutualiste partage cette même philosophie. Auprès des centres médicaux mis en place par la mutuelle des travailleurs, les gens modestes peuvent accèder au droit à la santé, sans transaction financière. Gilbert a trouvé sa voie. Il ne sera pas médecin libéral, il embrassera le salariat mutualiste comme on épouse le service public. Dès son arrivée à Port De Bouc, alors âgé de 27 ans, il accepte de prendre la direction sanitaire du centre mutualiste Michel Borio.
Port de Bouc, le Golfe de Fos, l’Étang de Berre… toute une région industrielle ou depuis la fin du 19 ème siècle, les salariés allaient gagner leur vie sans savoir qu’ils étaient en train de la perdre. Et quand ils s’en doutaient, ils n’avaient pas d’autres choix. Insidieusement l’amiante, le plomb, le benzène tuent des hommes et des femmes à plein poumon. Mais encore faut-il penser étudier le parcours professionnel des ouvriers pour déceler une maladie professionnelle, un mésothéliome par exemple, derrière le symptôme d’une toux récurrente. C’est ce qu’a fait le docteur Igonet.
Aux côtés de cette population modeste et laborieuse qu’il affectionnait tant, avec les ouvriers d’ÉTERNIT, D’UGINE ACIER et de bien d’autres industries alentour, une équipe de titans s’est opposé au totalitarisme patronal.
Oui, la population, les patients, les médecins, les salariés du centre, les syndicalistes, les élus progressistes, les CHSTC, les comités de défense, les inspecteurs du travail, le professeur Odonne, Marc Andéol, ont su former un ensemble compact aux connaissances croisées pour faire valoir leur droit à la santé sur leur lieu de travail.
Ensemble, ils ont remué ciel et terre pour que justice soit rendue, pour que les maladies professionnelles soient reconnues et que ce soit les patrons qui paient les conséquences à leurs frais et non pas le régime général de la sécurité sociale…
Ensemble, ils ont répertorié les postes de travail à risques. Ils les ont identifiés, cartographiés pour les combattre, pour exiger que les grands industriels investissent à la hauteur du progrès technologique. « En éliminant les postes à risques, on élimine les maladies professionnelles » soulignait le docteur Igonet sans cesse auprès des grands décideurs d’ordre de la région.
Dans ce combat mêlé d’échecs et de victoires, Gibert Igonet n’a jamais baissé les bras. À la retraite, il a renforcé son combat avec Marc Andéol et « l’Association Pour La Prise en Charge des Maladies Éliminables », tel un infatigable militant de la santé pour toutes et tous, un homme engagé dans un combat dont le flambeau doit perpétuer. Je remercie le collectif local, missionné pour choisir le nom des nouveaux espaces urbains, d’avoir mis Gilbert Igonet à l’honneur. Il a été ce docteur de famille, cet ami qui soutient. Des centaines de familles port de boucaine, dont la mienne, peuvent témoigner du réconfort qu’il diffusait à ses patients et à leurs proches. Ses mots rassuraient, ses ordonnances soignaient, son grand cœur réchauffait.
Humble et modeste, il n’aurait certainement pas imaginé avoir un jour une place à son nom. Mais à choisir entre un nom de rue, un nom d’avenue, un nom de boulevard, je suis convaincue qu’il aurait affectionné le nom de place. Tout simplement pour permettre des retrouvailles et donner envie aux générations d’aujourd’hui de continuer la lutte pour éradiquer les maladies d’ordre professionnel.
Je vous remercie de votre attention. Et j’invite son épouse, son fils et monsieur le maire à venir dévoiler la plaque à son nom.